Face à la menace des infostealers, qui sont responsables du vol de milliards d’identifiants et mots de passe en clair d’internautes à travers le monde depuis plusieurs années, nous ne sommes pas démunis. Petit tour d’horizon des bons réflexes à adopter, en trois axes majeurs.
1. Limiter les tentatives d’infection par infostealer
- Se méfier des logiciels et applications qui promettent monts et merveilles, particulièrement basés sur des mots-clés en vogue tels que « intelligence artificielle », « LLM », « blockchain », « IA », « unlock smartphone », etc. Cela vaut pour les logiciels de bureau, les applications mobiles et les extensions de navigateur.
- Ne pas télécharger de crack ou serial pour éviter de payer la licence d’un logiciel (exemple : Adobe Photoshop, Autocad). Le coût d’une infection par infostealer est bien souvent supérieur au coût initial du logiciel que l’on souhaite obtenir gratuitement…
- Dans la même veine, ne télécharger des logiciels que sur des plateformes officielles.
- Ne pas ouvrir de pièces jointes reçues dans des e-mails provenant d’inconnus.
- Mettre ses logiciels à jour et utiliser un antivirus.
- …et ne pas désactiver son antivirus, en particulier si le logiciel à installer le demande explicitement !
- Ne pas réaliser des actions au clavier sans en comprendre le sens. Pour un exemple concret, si un site vous demande des manipulations au clavier pour vérifier que vous n’êtes pas un robot, il s’agit vraisemblablement de commandes pour vous faire exécuter directement le logiciel malveillant, dans une technique appelée « clickfix ».
- Garder la main sur ses appareils. Dans de nombreux cas que nous avons investigués, l’infection a été réalisée par une personne tierce, que ce soit via un faux support informatique ou sur un ordinateur partagé

Illustration : Le tutoriel d’installation d’un crack pour Photoshop sur Youtube, qui demande explicitement de désactiver l’antivirus
2. Limiter l’exfiltration de données par infostealer
Si l’infostealer est redoutable, il peut parfois ne rien avoir à voler sur la machine, grâce à une exposition maîtrisée. Cela passe par des réglages parfois un peu techniques ou des fonctionnalités méconnues des outils que nous utilisons quotidiennement, mais quelques réflexes accessibles permettent déjà de fortement limiter les dégâts.
- Eviter de synchroniser ses sessions de navigation à travers différents appareils (ordinateur, smartphone, tablette).
- Désactiver le remplissage automatique des formulaires dans le navigateur, y compris pour les données bancaires.
- Régler la suppression automatique des données de navigation (historique, cookies, etc.) sur une limite raisonnable, telle que 1 ou 3 mois.
- Préférer utiliser un gestionnaire de mots de passe que la sauvegarde du navigateur.
- Eviter de stocker ses mots de passe ou d’autres informations sensibles (scan de pièce d’identité, fiches de paie, etc.) sur le Bureau ou dans les Documents. Préférez une sauvegarde hors ligne (disque dur externe) ou utilisez un coffre-fort numérique chiffré.
3. Rester vigilant face aux infostealers
Si ces quelques conseils permettent de limiter le risque, ils ne l’éradiquent pas complètement. Les cybercriminels regorgent de techniques pour distribuer les infostealers massivement, parfois même via des logiciels officiels ou des sites légitimes. Les infostealers sont des logiciels malveillants sournois, qui peuvent infecter n’importe quelle machine (Windows, MacOS, Linux) de manière tout à fait invisible.
Selon leur configuration par les cybercriminels, ils peuvent subtiliser de la donnée de manière chirurgicale, par exemple se focaliser sur les mots de passe du navigateur, ou réaliser un chalutage de fond et récupérer des documents, des portefeuilles de cryptomonnaie, des données d’applications diverses et d’autres données encore.
Les victimes sont individuellement identifiables grâce aux données personnelles volées, telles que des adresses e-mail, des numéros de téléphone, l’adresse postale ; toutes ces données que nous confions à notre navigateur. A nouveau, si nous prenons soin de régulièrement vider le stockage de ces données, il devient plus difficile d’identifier une victime et de prendre possession de ses comptes Internet.
Ainsi, nous ne cesserons de marteler l’importance de connaître cette menace afin de ne pas se laisser facilement duper et prendre toutes les précautions nécessaires pour en limiter le danger.

Quelles sont les différences entre un infostealer et une fuite de données ?

Rédigé par David Sygula
Directeur du pôle CTI
En 30 minutes, nous décryptons
- Ce qu’est un infostealer et comment fonctionne-t-il concrètement
- Comment ces malwares exposent directement vos collaborateurs et vos accès stratégiques
- Comment les identifiants volés sont exploités dans des attaques réelles
- Les leviers concrets pour s’en prémunir
Vous souhaitez savoir si vos collaborateurs sont concernés par les infostealers ?
Prenez rendez-vous avec l’un de nos experts !
Questions fréquentes
Quelles données trouve-t-on réellement dans une fuite de données ?
Contrairement à une idée largement répandue, les fuites de données ne concernent que rarement des secrets industriels ou des documents internes stratégiques. La majorité des incidents observés portent sur des indicateurs de compromission humains (IoC-H).
On y retrouve principalement :
- des adresses email,
- des numéros de téléphone,
- des adresses postales,
- des identités (nom, prénom, date de naissance),
- des données professionnelles,
- et des données financières comme les IBAN.
Que sont les indicateurs de compromission humains ?
Les indicateurs de compromission humains (IoC-H) désignent les données compromises et exposées en source ouverte (OSINT) relatives à une personne physique, résultant de violations de sécurité ou de publications volontaires ou accidentelles d’informations en ligne.
Autrement dit, un IoC-H est une vulnérabilité humaine exposée et potentiellement exploitable pour un cyberattaquant afin de réaliser des attaques par ingénierie sociale, telles que du phishing ciblé, de la fraude par usurpation d’identité, des deepfakes vocaux ou vidéo.
Fuite de données vs infostealer : quelles différences ?
Une fuite de donnée désigne un incident où des informations à caractère personnel ou professionnel, sensibles et/ou confidentielles sont consultées, obtenues ou divulguées de manière non autorisée.
Les infostealers, en revanche, sont des logiciels malveillants conçus pour infecter un appareil et voler directement des données (identifiants, cookies, informations bancaires) à l’insu de l’utilisateur.
La fuite de données est un résultat, tandis que les infostealers sont un moyen utilisé par les attaquants pour y parvenir.
Comment détecter une fuite de données ?
Une fuite de données peut être détectée en analysant l’exposition réelle des collaborateurs et des informations sensibles depuis l’extérieur, comme le ferait un attaquant. Cela consiste à identifier les données accessibles publiquement (emails, identifiants, informations personnelles) et à repérer leur présence sur des sources ouvertes ou compromises.
Avec une approche comme celle d’ANOZR WAY, la détection repose sur le croisement de signaux d’exposition, de vulnérabilité humaine et de données compromises, permettant d’identifier rapidement quels collaborateurs ou informations sont déjà exposés.
L’objectif est de passer d’une détection technique interne à une détection proactive basée sur le risque humain réel.
Comment éviter les fuites de données ?
La fuite de données est évitable en partie.
La cybersécurité adopte, de plus en plus, une approche centrée sur la gestion des risques, au sein de laquelle la maîtrise du risque cyber humain (Human Risk Management) occupe une place centrale.
Les leviers prioritaires sont donc :
- Mesure des risques cyber humains
- Correction et réduction de l’empreinte numérique des collaborateurs avec des outils adaptés
- Sensibilisation des collaborateurs de manière personnalisée et contextualisée
- Mise en place d’une culture cybersécurité
- Limitation des accès selon le principe du « zero trust » : chacun dispose uniquement des droits nécessaires
- Adoption de bonnes pratiques quotidiennes
Comment se protéger contre les infostealers ?
Bonnes pratiques
- Ne téléchargez des fichiers que depuis des sources officielles
- Utilisez un gestionnaire de mot de passe sécurisé
- Utilisez un antivirus couplé d’un bloqueur de publicités sur tous vos appareils
- Supprimez vos comptes inactifs
Sécurisation des comptes
- Activez la double authentification partout où cela est possible
- Modifiez régulièrement vos mots de passe
Si vous partagez un ordinateur avec votre famille, veillez à ce que l’antivirus dispose d’un mot de passe maître pour empêcher sa désactivation facilement - Déconnectez-vous régulièrement de vos comptes pour réinitialiser les cookies de connexion

